Systèmes des GOATs
Leila · Hormozi
Édition I · 05/06
Vol. I · N° 05

Systèmes & GOATs

9 mai 2026
Décryptage des systèmes opérationnels d’une élite mondiale · par Pierre-Emmanuel Branger
№ 05 Opératrice

Leila
Hormozi

Leila Hormozi tient l’opérationnel du portfolio Acquisition.com (une dizaine de portcos, 200M$+ de revenus annoncés non audités) avec un turnover qu’elle annonce inférieur à 5%. Sans morning routine spectaculaire, sans méditation, sans bullshit lifestyle. Juste un système de hiring et de management documenté à mort.

Née en~1992, États-Unis · BâtiGym Launch & CEO Acquisition.com · ChampOps & hiring · Lecture14 min
Portrait de Leila Hormozi en noir et blanc
Photo · Acquisition.com · presse
En une phrase

Leila, en fait, fait le métier qu’on regarde le moins dans le couple Hormozi : opérer. Pendant qu’Alex écrit des livres, elle tient le hiring, le management, les process du portfolio Acquisition.com. Sans glamour. Avec un turnover qu’elle annonce inférieur à 5% que personne ne sait reproduire.

I.
Leila en deux minutes

L’opératrice qui tient la machine Hormozi

Née aux US au début des années 90. Adolescence chaotique, plusieurs arrestations liées à l’alcool, prise de 100 lbs (~45 kg) en deux ans. À 19 ans, déclic violent. Reprise de la vie sportive, perte de 85 lbs (~38 kg), reconversion totale. Aujourd’hui CEO d’Acquisition.com.

L’histoire publique de Leila commence par un creux que la plupart des creators américains cachent. Adolescence à Los Angeles, plusieurs arrestations liées à l’alcool selon ses propres interviews, et une prise de poids de 100 lbs (~45 kg) en deux ans¹. Pas le pedigree classique d’une future CEO à 100M$ de net worth.

Le déclic intervient à 19 ans. Audit complet de sa vie sociale, arrêt de Netflix, arrêt de l’alcool, reprise du sport (lifting heavy, pas de cardio), perte de 85 lbs (~38 kg) en environ deux ans. Comme elle l’explique dans son podcast Build with Leila : « No amount of affirmations and mindset work was gonna do the work ». C’est le moment qui structure tout ce qui vient après.

Reconversion. Elle déménage en Californie, travaille avec Alex dès 2017 sur Gym Launch (porte-à-porte, démos gratuites, cookies protéinés en mains)². Couple business officialisé, mariage en 2018. 0 à 27M$ d’ARR sur Gym Launch en deux ans, vente à American Pacific Group en 2021 pour 46,2M$ avec Alex³. Depuis 2022, elle est CEO d’Acquisition.com et gère le portfolio de la dizaine de portcos (200M$+ revenus combinés).

Le paradoxe Leila, c’est qu’à son niveau, elle pourrait raconter une success story propre. Self-made, vente massive, mariage power couple. Elle fait l’inverse. Sur ses podcasts et son YouTube, elle parle frontalement de ses arrestations, de son alcoolisme adolescent, de son physique avant. Comme si elle disait : le fond du trou est le point de départ, pas la fin. C’est probablement ce qui crée son public, plus que ses frameworks de management.

II.
Comment elle pense

Cinq frameworks, une seule obsession

Pas de framework grandiloquent à la Alex. En fait Leila, elle a documenté quatre étapes opérationnelles plus une culture qui les enveloppe, qu’elle a tirées directement de Gym Launch puis Acquisition.com. Pas inventées en chambre, testées sur la dizaine de portcos simultanément.

Fig. 01 Quatre étapes, une culture qui les enveloppe
Modèle Leila, formulation Build with Leila podcast

Hiring Onboarding Performance Retention

Quatre étapes d’un cycle, plus un cinquième layer qui les couvre toutes : la culture. Chaque étape a son propre framework documenté en interne chez Acquisition.com, avec des templates et des checklists. Le tout converge vers un seul KPI mesuré obsessionnellement : le turnover annuel, qu’elle maintient sous 5%.

Premier framework, Hiring. La règle qu’elle répète : 100 candidats pour 1 hire. C’est pas une métaphore, c’est une discipline. Chaque poste senior chez Acquisition.com est ouvert pendant des semaines, screen téléphonique, deux entretiens en visio, un entretien sur site, des tests pratiques. Tout est documenté. Le coût d’un mauvais hire est tellement élevé qu’elle accepte de laisser des postes vacants 2 à 3 mois plutôt que de recruter trop vite.

Deuxième framework, Onboarding. La règle qu’elle répète : « The first 90 days determine if someone stays 90 months ». Plan d’intégration documenté pour chaque rôle, mentor assigné, objectifs 30-60-90 explicites, review systématique en fin de chaque phase. Le but n’est pas seulement de former, c’est de vérifier que la personne a bien atterri dans le rôle qu’elle a accepté.

Troisième framework, Performance management. La règle qu’elle répète : « Annual reviews are bullshit. By the time you give feedback, it’s too late to fix. » Acquisition.com tourne sur des reviews à fréquence très courte (hebdo ou bi-hebdo selon le rôle), avec un framework push-pull : pousser sur les inputs comportementaux, tirer sur les outputs résultats. Le feedback est constant, pas annuel.

Quatrième framework, Retention. La règle qu’elle répète : « I’d rather hurt your feelings for 5 minutes than hurt your career for 5 years ». Direct feedback dur, mais accompagnement réel sur les axes de progrès. Conséquence : turnover annuel inférieur à 5% sur Acquisition.com, contre une moyenne tech US autour de 15-20%. C’est le KPI qui justifie tout le reste du système.

Fig. 02 Matrice Push × Pull
Faible exigence inputs
Forte exigence inputs
Faible
exigence
outputs
Boîte morte
Burnout
Forte
exigence
outputs
Chance ou ego
Performance durable

Le framework central de Leila pour le management : pousser sur les inputs comportementaux (présence, focus, communication, training), tirer sur les outputs résultats (revenus, NPS, retention). Manager seulement les outputs te donne des chiffres ponctuels. Manager seulement les inputs te donne du burnout sans résultat. Le quadrant en bas, à droite, c’est la performance durable.

« I’d rather hurt your feelings for 5 minutes than hurt your career for 5 years. »

Leila Hormozi · Build with Leila, podcast 2023
III.
Comment elle opère

Recruter dur, former propre, garder dix ans

Co-fondatrice et chef ops de Gym Launch à 23 ans (0 à 27M$ d’ARR en deux ans), puis partenaire ops sur tous les portfolios d’Alex, c’est l’histoire d’une opératrice qui a fait du recrutement son seul vrai levier. Du coup c’est là que se loge l’essentiel de sa méthode opérationnelle.

01

Le ratio 100 pour 1

Si tu peux pas répondre à ces 7 questions sur un candidat, t’es pas prêt à recruter.

Chez Acquisition.com, la règle est explicite : pour chaque poste senior, 100 candidatures screen, 10 entretiens, 1 hire. Pas une règle marketing, une discipline opérationnelle. Le coût d’un mauvais hire (selon les estimations internes Leila) est de l’ordre de 6 à 12 mois de salaire en perte sèche, plus des dégâts collatéraux sur les équipes. Le coût d’un poste vacant 3 mois supplémentaires est marginal. Donc tu attends.

02

Les 90 premiers jours déterminent les 90 mois

The first 90 days determine if someone stays 90 months.

La règle de l’onboarding chez Acquisition.com. Plan d’intégration documenté pour chaque rôle, mentor assigné dès jour 1, objectifs 30-60-90 explicites, review systématique en fin de chaque phase. Le but n’est pas juste de former, c’est de vérifier que la personne a atterri là où elle voulait atterrir. Et si non, qu’elle parte vite, pas dans 2 ans.

03

Pousser sur les inputs, tirer sur les outputs

Great managers balance push and pull. They push on inputs, they pull on outputs.

La règle qui structure tout son management chez Acquisition.com. Les inputs (présence, focus, communication, training, comportements quotidiens) se poussent : on attend ces comportements, c’est non négociable. Les outputs (résultats, KPIs, revenue, NPS) se tirent : on tire l’équipe vers le haut, on l’aide à atteindre, on identifie les blocages. Manager les deux dans le sens inverse, c’est exactement comment 90% des CEOs se cassent les dents.

04

Annual reviews are bullshit

By the time you give feedback, it’s too late to fix.

Chez Acquisition.com, pas de review annuelle. Reviews hebdo ou bi-hebdo selon les rôles, basées sur des KPIs précis et des comportements observés. Le but, c’est que personne ne soit jamais surpris d’un feedback : la conversation difficile s’est déjà eue 3 fois avant qu’une décision soit prise. Conséquence : turnover annuel inférieur à 5%, contre 15-20% en moyenne tech US. Le KPI qui résume tout le reste du système.

IV.
Comment elle vit

Lifting lourd, emails au sauna, pas de méditation.

Mariée à Alex depuis 2018. Pas de morning routine spectaculaire, pas de méditation, pas de journaling. Une heure de mails dans le sauna le matin, lifting lourd, 14h de travail par jour qu’elle déclare aimer.

Sur la vie privée, Leila est moins lifestyle que la moyenne des creators américains de son rang, plus opérationnelle. Pas de stories lifestyle, pas de mise en scène. Elle apparaît surtout en duo avec Alex dans des vidéos pédagogiques sur leur méthode de travail, et seule sur Build with Leila (700K abonnés YouTube), jamais en mode personal branding lifestyle. C’est cohérent avec son positionnement : la CEO opérationnelle, pas le visage public du business.

Sa routine la plus citée et la plus inhabituelle : l’heure d’emails dans le sauna sec le matin. Selon ses interviews, c’est sa version de la méditation. Elle traite 60 à 90 minutes d’emails sur son téléphone dans la chaleur du sauna sec. Une, parce qu’elle aime l’intensité physique. Deux, parce que personne ne peut la déranger physiquement dans un sauna. Trois, parce que ça la force à être brève dans ses réponses.

Sur le couple opérationnel, la division des rôles est explicite : Alex sur le contenu, la vision, les nouveaux investissements ; Leila sur l’opérationnel des boîtes du portfolio, le hiring, les process. Aucun des deux ne touche au domaine de l’autre. Règle simple mais très rare en pratique, et que la plupart des couples founders n’arrivent pas à tenir.

Sur le sport, lifting lourd 4 à 5 fois par semaine, pas de cardio. Cohérent avec son parcours adolescent (sortie de l’obésité par la force, pas par le running). Comme elle le dit régulièrement : « My version of meditation is lifting heavy and working on problems I care about ». Pas de Vipassana, pas de yoga, pas de retraite silencieuse. Juste lifter et bosser.

V.
Sa journée

Quatorze heures par jour. Et elle aime ça.

Leila documente sa routine régulièrement sur Build with Leila, son podcast. Voilà la reconstitution sur la base de ses propres interviews 2023-2024.

Fig. 03 Journée type, sourcée podcast Build with Leila
05·30 Réveil, café noir, pas de check du téléphone Hygiène
06·00 Sauna laptop, 60 à 90 minutes d’emails dans la chaleur Inbox
07·30 Lifting lourd, séance force 45-60 min, pas de cardio Corps
09·00 Bloc 1, deep work ops + reviews équipes Acquisition.com Ops
12·00 Lunch business avec Alex ou un CEO portfolio Lien
13·00 Bloc 2, entretiens recrutement, calls hiring Hiring
17·00 Bloc 3, Build with Leila podcast ou prise de parole publique Content
19·30 Dîner avec Alex, pas d’écran, pas de business Off
22·00 Coucher. Approximativement 14 heures de travail effectives Repos

Ce qu’il faut remarquer, c’est le volume horaire brut. 14 heures de travail effectives par jour, 6 jours sur 7. C’est l’exact opposé de Welsh (4 jours / 32-36h par semaine). Et c’est exactement ce qui fait que les comparaisons entre les deux modèles sont absurdes : Welsh tient parce que son business est media + infoproduit (scale infini, marges 90%+). Leila tient parce que son business est holding opérationnel (la dizaine de portcos en simultané, problèmes humains constants). Les deux modèles peuvent générer le même revenu net mais demandent des architectures de vie opposées.

VI.
Pourquoi ça marche

Le truc que presque personne n’a vu

Mon take sur le système Leila

Leila est probablement la performer la plus sous-estimée du casting.

Pendant qu’Alex fait le show YouTube, elle tient la barre opérationnelle des portcos, et c’est ce métier-là, le plus chiant et le moins glamour, qui tient toute la structure. Sa thèse « recruter dur, former propre, garder dix ans » est rare et marche. À l’inverse, chez Spendesk et Modjo on recrutait vite et on virait vite, classique de l’hyper-croissance où l’urgence d’embaucher écrase la qualité du process. Ça marche le temps que la croissance tient, mais ça coûte cher en formation répétée et en énergie d’onboarding successif. La méthode Leila joue le coup d’après : recruter lent, garder dix ans. C’est plus dur à mettre en place et ça demande un horizon long, mais c’est ce qui crée la rente opérationnelle vraie.

Le seul caveat à garder en tête : le turnover sous 5% qu’elle annonce est une métrique self-reported sur une holding privée, jamais auditée, qui exclut probablement les sorties probationnaires des 90 premiers jours. Toute COO sérieuse sait que c’est comme ça qu’on calcule quand on communique en externe. Ça ne discrédite pas la méthode, ça nuance la précision du chiffre.

La méthode, elle, est solide : weekly feedback, onboarding intense 90 jours, hiring lent et profond, performance management hebdo. Du COO de niveau gold standard, vraiment. Et l’art rare derrière, c’est la capacité à aimer les conversations difficiles : donner du feedback dur tous les jours sans en faire un drame, refuser un candidat top sur un signal de comportement secondaire, virer quelqu’un au bout de 90 jours sans culpabilité. La plupart des opérateurs n’ont pas la tolérance émotionnelle pour ce niveau de discipline. Leila, oui.

Si tu dois ne retenir qu’une seule personne du casting sur l’ops pure, c’est elle.

P−E. Saint-Mandé
Mai 2026
Sources · Vol. I · № 05
  1. Leila Hormozi, interview podcast Diary of a CEO (Steven Bartlett), 2023, segment adolescence, arrestations, perte de poids.
  2. Leila Hormozi, biographie publique Acquisition.com. acquisition.com/bio/leila
  3. Leila Hormozi, podcast Build with Leila, archives publiques. buildwithleila.com
  4. Leila Hormozi, interview podcast My First Million (Shaan Puri & Sam Parr), 2023, segment hiring 100 pour 1 et 90 premiers jours.
  5. Leila Hormozi, YouTube officielle (~700K abonnés), vidéos « My morning routine » et « The sauna laptop ritual ».
À suivre 06Octave Klaba